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Erwan Le Louër

Qu’est-ce qui te nourrit dans ce projet ?
L’apprentissage inhérent à une start up en pleine croissance. Je continue d’apprendre en permanence, qu’il s’agisse de communication, de marketing, d’artisanat industriel, de management. L’équipe me nourrit, l’interaction avec l’autre est une motivation quotidienne. Aucun projet ne se fait dans la solitude, la richesse est celle de l’humain. Mon équipe me touche énormément par son implication. La voir évoluer, grandir avec eux, c’est ce qui me motive par dessus tout.

Quelle est la source de ton inspiration ?
Ma curiosité. Pour le gramme en particulier, notre marque puise son inspiration dans des évidences - dans de l’absolu -  elle se construit sur un processus créatif qui est plus proche du design industriel lié à mon parcours que de celui la joaillerie. Il s’agit pour nous de penser l’objet et sa forme plutôt que le dessiner. C’est d’ailleurs le sens premier du mot design issu du mot « dessein », c’est à dire le sens de la forme et non la recherche de forme pour la forme. L’idée est d’aboutir à une forme qui répond à une fonction que l’on aura pensé et qui se traduit par une ergonomie et un esthétisme. Chez le gramme notre source d’inspiration provient des mathématiques, des formes élémentaires, de l’architecture, de la matière. le  gramme est une marque profondément rationnelle, tout l’enjeux est de provoquer une émotion à travers notre démarche rationnelle.

Quelles sont les personnes ou projets qui constituent des références pour toi ?
Il y a les références métier bien-sûr comme le designer Dieter Rams et cette école allemande faite de rigueur qui permet l’émergence d’évidences esthétiques et intemporelles. Les graphistes suisses allemands Max Bill et Otl Aicher qui ont poussé le minimalisme à leur paroxysme jusqu’à écrire un essai en minuscule. Je pense aussi aux architectes britanniques que sont John Pawson ou à David Chipperfied, ou au légendaire français Etienne Louis Boullée.
Il y aussi des artistes comme Agnes Martin, sa rigueur et son obstination d’avoir développé son art avec une rigueur absolue.
Enfin, je pense à ma mère, à sa pugnacité et son abnégation, issue du corps de ballet de l’Opéra de Paris, elle a consacré sa vie à la danse et m’a appris la rigueur sans compromis.

Quel compliment te touche sur le projet le gramme?
J’ai une interprétation très personnelle du sujet, la satisfaction engendrée par le compliment peut être un frein. J’accepte peu les compliments même si j’apprends à les recevoir un peu plus. C’est un travers qui m’oblige à être jusqu’au boutiste et perfectionniste dans tout ce que j’entreprends. Je me méfie du compliment qui entraverait la réalisation parfaite des choses. J’ai cependant conscience que cela doit être épuisant pour mon entourage.
Ce qui me touche d’abord, c’est la reconnaissance de mon équipe et leurs retours positifs sur mon management et sur leur évolution personnelle dans l’entreprise.
Je suis également très sensible à la bienveillance d’un client qui raconte qu’il n’enlève jamais son bracelet, qu’il a adoré l’expérience vécue avec nous ou bien le produit autant que son packaging et qu’il a décelé notre folie dans le sens des détails.

La ville qui t’inspire ou te ressemble ?
Je pense en premier à Tokyo qui m’inspire pour sa rigueur et son esthétisme, je suis fasciné par cette capacité à créer de l’émotion avec autant de minimalisme, par cette tension esthétique entre la pureté des lignes et les jeux de lumière qui sublime un détail ou une matière. Un de mes livres de référence traduit cette esthétisme : L’éloge de l’ombre de Juni’chirō Tanizaki.
La tension dans l’esthétisme est quelque chose qui me parle énormément. Le travail d’Axel Vervoordt ou d’ Hiroshi Sugimoto par exemple qui créent la tension entre univers épuré et matière brute par des accidents minutieusement provoqués.
Dans l’esthétisme la tension est indispensable : entre la matière et la lumière, c’est une chose qui tient de l’épure sans jamais devenir de la raideur pour parvenir à l’évidence.
J’ai également découvert tardivement Tel-Aviv qui a été une révélation par sa schizophrénie entre esthétisme Bauhaus et culture orientale, entre climat politique conflictuel et bienveillance de l’accueil. Son esthétique est dispensée en filigrane, entre lieux dessinés et bordel structuré… et on y mange tellement bien ;)

Qu’est-ce que l’art de vivre selon toi ?
C’est d’abord connaitre réellement ses priorités. Celle qui font que l’on est en phase avec soi-même et connecté. Ce n’est pas un exercice simple. Il s’agit d’équilibrer ce qui apaise et procure le bien être personnel versus ce qui nourrit professionnellement.
L’équilibre entre le domaine professionnel et ma vie familiale régit ma planète.
Ensuite c’est entreprendre, ce que je fais au prisme de l’esthétisme qui est un filtre omniprésent. L’objet a une place centrale dans ma vie.
La constitution de mon projet personnel the Archives Project traduit finalement tous ses éléments, il agrège ma fascination pour l’objet, ma vie de famille, la passion que je lèguerai à mes enfants. C’est un projet à travers lequel j’espère pouvoir tisser un lien supplémentaire avec eux.

Ton terrain de jeu créatif ?
La contrainte. On n’est jamais autant créatif que coincé dans une impasse. La notion de chalenge m’excite et me donne envie de relever le défi, je ne sais pas fonctionner autrement.
Peut-être est-ce dû à l’éducation très libre que j’ai reçue, au besoin de cadre dans l’enfance. Je le dis sans regret, il s’agissait d’un mode de fonctionnement basé sur une extrême confiance. J’ai identifié ce besoin de cadre, d’un terrain de jeu défini voire contraignant plus tard. Par conséquent je le provoque. La boxe pratiquée depuis 15 ans permet de se confronter cela avec des règles précises, codées et un cadre, le ring.
Là ou d’autres voient le cadre comme une contrainte ou un sujet de panique, je vois un élément de réassurance et de challenge qui me donne une direction.

Ton mode d’expression fétiche ?
Le processus créatif : identifier un besoin, le solutionner par un produit ou un service qui répondent à une fonction et sont traduit esthétiquement par la forme.
Je me méfie en permanence du «  Ah c’est beau », rien de pire qu’un objet beau qui ne fonctionne pas ou un service d’apparence génial mais mal éxécuté. Je leur préfère de loin un produit simple d’apparence mais jusqu’au boutiste dans sa réalisation et son expérience. C’est ce qui m’anime dans le développement de le gramme, parvenir à cela.

As tu des projets design qui constituent des références ?
Chaque projet qui résulte d’une réflexion et d’une étude approfondie du besoin, de l’environnement dans lequel il s’inscrit me fascine. L’émotion de la forme me fascine tout autant que le processus créatif qui en est à l’origine. Comprendre pour qui et pourquoi nous le faisons le l’essence même du travail d’un designer.
Trop de gens se jettent avec précipitation dans la réalisation de leur projet au lieu de mener le travail de réflexion et de maturation nécessaire pour accoucher d’une création structurée qui soit compréhensible par tous, appropriable par chacun sans avoir à l’expliquer.
Il faut prendre le temps d’être curieux, d’observer et de comprendre. La maturation est une étape cruciale, souvent laissée pour compte. La mode t’amène à transiger la dessus par son rythme effréné. J’ai décidé de voir cela comme une contrainte productive. le gramme cultive l’intemporalité au delà de la saisonnalité tout en s’astreignant à un rythme nécessaire car il faut bouger pour exister.

Ton plus gros challenge réalisé ou à réaliser ?
L’éducation de mes enfants. Il faut parvenir à donner suffisamment de cadre et à ce que l’amour que je leur porte ne vienne pas s’opposer à ce cadre nécessaire.

Ton rituel dans ton métier ?
Le rituel régit ma vie. Le sport en fait partie intégrante avec cinq entraînements par semaine dont certains à 6h du matin. Déjeuner avec chacun de mes deux fils une fois par mois. Le temps d’échange avec mes équipes. Le rendez-vous hebdomadaire avec mon mentor. J’y vois une forme de discipline qui me procure une certaine joie et un cadre rassurant.

Le type de design qui t’énerve en peu de mots ?
La forme pour la forme, et l’expression qui m’énerve est : « c’est design ! »

Si tu n’étais pas fondateur de le gramme, quel métier ferais-tu ?
Cette question est très complexe car on se connait bien mieux en vieillissant. Il donc est assez commun de voir des personnes dans notre entourage changer de métier ou en avoir plusieurs. Si je devais choisir un métier, je dirais Architecte. Je suis admiratif de la maitrise technique associée à la sensibilité créative, les architectes disposent par ailleurs d’un rapport aux proportions d’une justesse redoutable. Je ne suis cependant pas certain que ma capacité de concentration identique à celle d’un enfant de 3 ans hyperactif me l’aurait permis.

Un endroit de prédilection où te trouver habituellement ?
Chez Cibus rue Molière, un restaurant italien de 10 tables hors du temps qui me permet de me déconnecter de Paris en un dîner.

Ton objet fétiche ? Combien pèse-t-il ?
La première œuvre d’art que j’ai acquise, une photo de Louise Lawler qui travaille sur la transposition à travers la photographie. Elle est à l’origine d’un projet de vie qu’est The Archives Project.

Ce qui a du poids dans ta vie ?
Le temps.
Ma famille et mes passions ;) régissent ma vie. Je suis un passionné, j’aime faire les choses à fond et l’unique frein ou clef à tout cela demeure le temps ! Il est finalement le seul à rendre les choses précieuses.

Ton/tes objets le gramme, quel est/sont-ils ? Comment les portes/utilises tu ?
Ils sont 5 et je les porte en accumulation, 5 bracelets (un ruban 21g, un ruban 33g, un câble en céramique, un câble en or jaune 750 et la dernière nouveauté!) et un porte clef.

Si le gramme n’était pas le gramme que serait-il ?
Stéphanie de Monaco ! Je suis le seul à savoir pourquoi.

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LE GRAMME | ERWAN LE LOUËR | AMBASSADORS
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