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Antoine Ricardou

Architecte, graphiste, directeur artistique, narrative designer… Interview du co-fondateur de be-pôles, un surdoué aux yeux grands ouverts.  

Qu’est-ce qui te nourrit dans ton métier, quelle est la source de ton inspiration, des histoires que tu racontes au fil de tes créations ? 
L’inspiration est un défi. Je constate que beaucoup de gens ne se donnent plus tellement la peine d’aller la chercher, se contentant de se regarder les uns les autres, dans un réflexe certainement rassurant mais finalement consanguin et beaucoup trop confortable.
Pour être fort, il faut parvenir à s’inscrire en dehors de ce système en huit clos et s’aventurer sur d’autres territoires. La littérature d’abord, elle m’ouvre de nouveaux champs en permanence. Un livre comme l’Assommoir de Zola regorge de points de vocabulaire qui sont des terrains de jeux, certains mots - comme la société - ont des acceptions qui me permettent de dessiner dans ma tête de nouveaux lieux sans que j’ai vu une seule image. 
Bien sûr, il y a aussi les expositions, mais - dans cette nourriture artistique collective - il faut réussir à chercher et trouver le petit truc, parfois minuscule, qui va me toucher. 
Ma femme sortant de l’école Nationale des Jardins et des paysages de Versailles. Mon dernier territoire, c’est la nature. Je suis particulièrement contemplatif dans la difficulté, je fais donc en sorte de me mettre dans une situation qui me bouscule, cela génère chez moi une sorte d’énervement positif qui me donne alors envie de produire. 

Quelles sont les personnes ou les artistes qui constituent des références pour toi ? 
Cela évolue au fil du temps. Dans les artistes picturaux, je dirais Cy Twombly. J’ai dans la tête les images d’un livre - A House is not a Home de Bruce Weber- on y voit la maison de Cy Twombly, accrochée à la falaise, on ressent vraiment la fusion entre l’artiste, ce lieu, son art ; tout s’y confond à tel point qu’on ne sait qui est la genèse de l’autre. 
Plus proche de mon univers de travail, il y a l’illustrateur René Gruau dont on connait si bien l’imagerie pour Dior. C’est le frère de ma grand-mère maternelle, on m’en parlait quand j’étais plus jeune. J’ai découvert tard l’étendue de sa production, tellement impressionnante par sa signature si caractéristique. Il a nourri mon univers par la force de son trait et son sens de la couleur.  

Quel compliment te touche le plus dans ton métier ? 
Qu’on me dise qu’on a le sentiment qu’un lieu ou une marque que j’ai accompagnée est là depuis 100 ans. Je suis pour la permanence des choses, je suis anti-fashion. Je dis cela avec beaucoup de respect pour la mode et pour les tendances qui apportent une énergie complètement nécessaire. J’ai simplement choisi de m’attacher aux fondations. 

La ville ou la destination qui t’inspire ou te ressemble ? Si ce n’était pas Paris.
Alors, je dirais Chamonix. Parce je m’y sens entouré d’histoires, j’ai le sentiment d’y vivre la littérature des montagnes, d’être au coeur de l’aventure. C’est incroyable de regarder les sommets quand on se trouve au fond de la vallée. C’est une ville tellement chargée de récits, un endroit puissant, on dirait une ville dessinée au fond de la fosses des Mariannes et qui regarde vers le haut la lumière, la sortie. 
Mais tout de même, j’aurais aimé aussi pouvoir répondre Paris, je continue d’être estomaqué par la beauté de cette ville, par ses strates empilées qui en font ce qu’elle est, par des arbres qui sont là depuis des siècles. Quand je m’y balade à vélo, j’avoue avoir l’impression parfois d’être un chevalier sur sa monture tellement cette ville est grisante d’histoire.  

Comment définirais tu ta façon d’être et de vivre ? 
Je fais en sorte quelle soit la plus naturelle possible, au sens où je ne veux pas qu’elle soit scénarisée. C’est la condition de l’émerveillement, je ne veux jamais me sentir blasé. Je vis donc les yeux grands ouverts, à la recherche de l’inspiration, d’une forme de merveilleux qu’on peut trouver en toute chose. Il faut garder cette part d’enfance qui nous permet de toucher l’extraordinaire. 
Quand je prends l’avion, j’essaie de revenir à l’état d’enfance dans lequel j’étais la première fois que j’ai décollé, à cette forme de candeur et d’incrédulité.

Tes thèmes de prédilection dans ton approche créative ? 
La couleur pour commencer, c’est une recherche permanente, en témoignent les travaux de Delaunay ou de Josef Albers qui m’inspirent toujours. La typographie aussi, l’Helvetica est un thème à part entière, de même que les typographies serif du XVIIIe siècle. Je dirais également la pauvreté de moyens, je trouve que c’est une contrainte formidable que de partir de peu de chose pour finalement générer beaucoup d’énergie. Enfin et c’est certainement le plus important pour moi, il y a le fonctionnalisme, l’idée de travailler que dans une volonté reliant toujours la forme et la fonction. Zéro décoration.

Ton identité visuelle de référence ? Ou bien celle que tu aurais adoré faire, et celle que tu aimerais faire ?
En mode, pour moi la construction la plus solide c’est Hermès, dans tout ce que cela comporte. Car la notion d’identité dépasse l’univers visuel. Ainsi chez Hermès il y a une cohérence totale depuis le logotype jusqu’à la couture et au pli d’un cuir. Chaque point de contact est une expérience de marque en tant que tel.   
J’aurais aimé travailler avec Aésop, son fondateur est quelqu’un qui m’inspire beaucoup. Ils ont cette façon unique de vivre avec l’architecture, ils ont osé s’affranchir des systèmes en refusant la déclinabilité à tout prix. J’aurais adoré être à l’origine d’un projet comme celui là qui est tout autant architectural que graphique.

Ta forme graphique fétiche ?
Ma forme est une homothétie du format DIN (Deutsches Institut für Normung) généré à partir du rapport qu’est le nombre d’or. Je repars toujours de cette grille de formats. On en revient donc toujours à cette notion de fonctionnalisme, à ce besoin d’associer la forme à la fonction. 

Ton plus gros défi réalisé ou à réaliser en tant que graphiste ? 
J’en parlais précédemment, c’est déjà un défi quotidien que de ne pas verser dans l’effet de mode.

Ton rituel dans ton/tes métiers ? 
Le sport et le dessin : au même niveau. Le sport me permet de traiter une énorme quantité de pensées, j’oublie ou bien je mémorise. Je ne peux expliquer la mécanique, disons que les éléments s’inscrivent quelque part, ils se déclencheront à un moment, c’est ma façon de trier et de structurer les données. Un de mes professeurs m’avait dit : « Un architecte, c’est un oeil et un trait ». Il faut en effet savoir regarder mais aussi retranscrire les choses. S’arrêter et regarder au prisme du dessin. C’est ma façon d’intégrer ce qui m’entoure, je sais que si je m’arrête et que je dessine quelque chose alors je m’en souviendrai toute ma vie.

Le design graphique qui t’énerve ? 
Celui qui est à la mode, forcément. Les portfolios d’étudiants qui s’enchainent à l’identique. On en revient à cet espèce d’algorithme collectif qui régit tout, cette mise en abime de graphistes qui regardent des graphistes, qui regardent d’autres graphistes…

Tu as une formation d’architecte, tu es finalement devenu une référence du design graphique, quel autre métier aurais tu aimé faire ? 
Zingueur sur les toits de Paris, pour pouvoir monter tout en haut des immeubles, avoir le droit de construire une cabane au dessus des toits, pique-niquer en regardant Paris, être sur la cime en permanence.

Un endroit de prédilection où te trouver habituellement ?
Sur un toit justement. Au 9e chez Be-Pôles, à Montmartre chez moi… J’ai besoin d’être en haut, cela me permet de choisir si je veux descendre ou pas. 

Ton objet fétiche ? Combien pèse-t-il ? 
J’en ai deux, un crayon 5B un peu gras et un carnet moleskine A6 B6. Je numérote mes carnets depuis presque toujours, j’en suis au numéro 118. 

Ce qui a du poids dans ta vie ? 
Ma femme, mes enfants, ma famille.

Ton/tes objets LE GRAMME, quel est/sont-il ? Comment les portes/utilises-tu ?
J’ai le Réglet 43g que j’utilise tout le temps, il est sur mon bureau, je le fait rouler machinalement souvent… J’ai aussi un bracelet 23g Guilloché Pyramide Brossé que j’avoue ne pas porter tout le temps, je me rends compte que j’efface les points de sophistication au fil du temps. 

Quel est ton rapport à l'objet ?
C’est une belle question. Je dirais que c'est même une fascination. Ce n’est sutout pas l’ostentation qui m’attire et encore moins l’effet. C’est la fonction de chaque chose qui me touche. Quand il est bien utilisé et que le geste avec lui devient parfait alors l’harmonie est évidente. C’est touchant comment un objet « moche » peut devenir sublime dans un contexte de travail ou d’utilisation. Ce réglet sur mon bureau, je l’ai regardé dans ses moindres détails et je le trouve parfait. Mais c’est quand je trace avec lui qu’alors il se révele bien plus extraordinaire. Le plus c’est la fonction de l’objet. 

Si tu pouvais donner une nouvelle forme à LE GRAMME, qu’elle serait elle ? 
LE GRAMME est éminemment solide, précieux, brut. J’aurais envie d’en changer la structure moléculaire pour en faire un liquide, tout aussi précieux comme un parfum, en millilitres. 

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