rodolphe parente


Rodophe Parente est architecte d’intérieur et designer. il a collaboré avec Andrée Putman à paris avant de créer son propre studio dédié à l’architecture d’intérieur et la création de pièces de mobilier.


si tu devais parler de toi en quelques mots, que dirais-tu ?

c’est une question à laquelle je trouve toujours qu’il est assez difficile de répondre… mais en quelques mots, je dirais que je suis un garçon assez gourmand et curieux de tout. le regard que je pose sur la vie est sans a priori sur les choses.
j’embrasse de façon assez transversale la vie, tout m’intéresse. ma curiosité est assez débordante, au-delà de mon milieu, mon environnement ou mon activité. et c’est vrai que j’adore les gens, leur histoire, leur vie. je me nourris vraiment de tout ça. je crois que cela fait de moi une personne empathique, aussi.


le design et l’architecture ont toujours été une évidence pour toi ? quelques mots sur ton parcours ?

les métiers de la construction et de l’architecture ont toujours été ancrés en moi. je viens d’un univers d’artisans et j’ai toujours été extrêmement curieux de savoir construire les choses et de parvenir à mettre en forme. déjà au collège, très jeune, je dessinais des maisons. je faisais des plans. je m’imaginais des maisons contemporaines. mon père avait une entreprise de construction et recevait des architectes et des entrepreneurs pour les bâtiments, donc j’écoutais les conversations. je me souviens que je restais des heures à l’apéritif à suivre les échanges quand ils parlaient de construction. j’étais nourri de cet imaginaire et je me disais que moi aussi, un jour, je construirais des maisons !

j’ai toujours aimé la matière, le béton, le métal, et comprendre comment on faisait du béton armé. mais je me souviens que très tôt, je passais des heures dans l’entrepôt de mon père à essayer de faire des sculptures avec des espèces de morceaux de ferraille. l’expressivité des matériaux m’a toujours intéressé.

au départ, j’ai suivi une filière scientifique, sans grande conviction, puis je suis parti aux beaux-arts. je ne sais même pas comment mes parents ont pu accepter ça, mais ce qui est sûr, c’est que je me suis tout de suite senti aligné avec moi-même quand je me suis retrouvé dans cet univers créatif, encore une fois très transversal.


comment décrirais-tu ton inspiration ?

je pense que mon inspiration a, avant tout, une écriture contextualisée. ce que j’entends par « contextuel », c’est que chaque projet est la réponse à une problématique. je déteste cette idée d’avoir un style ou de répéter des codes. c’est vraiment la personnalité et la vie des gens qui vont créer ce contexte et qui vont inspirer finalement une réponse, et donc la base de tout un projet.

en tout cas, ce qui m’inspire vraiment aujourd’hui, encore une fois, c’est la vie des gens, leur quotidien, ou leur mode de vie. mon métier fait qu’on est un peu radiologue d’un moment de vie. on fige les choses à un moment précis qui reflète une manière de vivre. dans une cuisine par exemple, on l’utilise tous différemment. et c’est la même chose pour tout : la façon de se coucher, la façon d’utiliser une salle de bain… c’est des rituels, des gestes qui sont de l’ordre de l’intime et qui sont très spécifiques. moi, ce qui m’intéresse, c’est d’apporter ce niveau de détail personnalisé.
dans mon agence, on répond précisément à une demande qui suit un mode de vie bien défini proche des goûts des clients. D’ailleurs, je déteste cette notion d’être arbitre du bon ou du mauvais goût.
« les métiers de la construction et de l’architecture ont toujours été ancrés en moi. je viens d’un univers d’artisans et j’ai toujours été extrêmement curieux de savoir construire les choses et de parvenir à mettre en forme. »
quelles sont les personnes ou quels sont les projets qui, selon toi, constituent des références ?

j’ai toujours été un grand fan d’Annie Ernaux, et je trouve ça génial ce qui lui arrive en ce moment avec le prix Nobel de littérature. je parlais de radiographie tout à l’heure, et elle a quand même écrit un livre sublime où elle pose un regard sur des décennies d’une femme qui traverse les âges. il y a dans ce livre qui scanne cette vie une forme de recul, de mise en abyme d’une vie. de manière générale, les écrivains m’inspirent beaucoup. j’aime la narration de beaucoup d’entre eux. il y a Nicolas Mathieu en ce moment que j’aime particulièrement. ou encore Alberto Moravia, qui était un grand écrivain italien.

je m’inspire plus de la littérature que du milieu du design ou de l’architecture. je ne regarde pas forcément ce que font mes confrères. je réponds encore une fois avec mes propres références culturelles.

qu’est-ce que tu aimerais que l’on dise de toi ou de ton travail dans plusieurs années ?

j’aime que l’on puisse dire de mon travail qu’il ne se voit pas. j’aime en effet l’idée que l’on puisse ne pas voir directement mon intervention sur un projet. c’est finalement la chose la plus difficile à réaliser, faire en sorte que le travail de l’architecte ne se sente pas. de se dire que les choses sont finalement évidentes dans tel ou tel intérieur. c’est la meilleure manière pour ne pas se lasser des choses, pour que les choses restent pérennes et pour qu’il y ait cette idée de goût plus que de style.

quel compliment te touche le plus sur ton travail d’architecte ?

le plus beau des compliments, encore une fois, c’est de disparaître. c’est probablement très paradoxal, mais c’est une réalité : que l’on dise que le projet n’en soit même plus un, c’est ça qui est beau.
la plus belle des réponses, en fait, c’est d’avoir été capable de rentrer dans le patrimoine de l’intime et d’avoir répondu avec tant de justesse et de précision qu’il y a au final une évidence dans la réalisation du projet, qui correspond à la personne.

des thèmes de prédilection dans ton approche créative ?

j’aime bien l’idée d’un dialogue entre les textures et d’un mélange entre matériaux riches et matériaux plus pauvres. j’aime apporter du détail aux choses, parfois trop. le fait qu’il y ait une certaine singularité dans mon approche créative m’anime. je m’inspire de l’art contemporain et de certains éléments dans la création pour les développer afin que cela devienne un code architectural. encore une fois, mon approche est très transversale. je peux regarder une robe Jean Paul Gaultier et la trouver assez inspirante pour en faire le dessin d’une paroi, par exemple. j’aime déplacer et mélanger un peu tous ces univers et que cela interroge ma pratique, en tout cas.
« mon approche créative est très transversale. je peux regarder une robe d’un créateur et la trouver assez inspirante pour en faire le dessin d’une paroi, par exemple. j’aime déplacer et mélanger un peu tous les univers. »
quels sont tes matériaux, formes ou motifs fétiches ?

je suis plutôt quelqu’un de rationaliste, donc j’aime les lignes tendues. j’aime qu’il y ait une écriture assez composée, aussi. dans l’architecture, j’accorde beaucoup d’importance au graphisme. côté matières, je le disais plus tôt, j’aime beaucoup les matières très expressives, comme les bétons bruts, par exemple. je trouve toujours très intéressant de les associer avec des matières plus délicates, comme le bronze. c’est un dialogue hyper fort.

ton plus gros challenge réalisé ou à réaliser ?

le vrai challenge de ma pratique, c’est de malgré tout ne pas s’oublier à travers cette diversité. de savoir qui on est réellement dans ce métier-là malgré le visage très multiple que je peux proposer dans mes projets. ce n’est pas évident. cela nécessite réellement de se réinventer tout le temps, de trouver sa voie, d’être aligné avec soi-même et ses pensées, et d’être aligné avec le type de projet que l’on peut livrer. c’est ça, le vrai challenge.

si tu n’étais pas architecte, quel métier ferais-tu ?

pâtissier ! il y a un vrai lien avec le design dans la pâtisserie. on retrouve cette notion de répétition et de forme. c’est un métier qui parle de la mise en production d’une forme, d’une création et de la répétition de cette forme.
j’aurais pu dire pizzaïolo, c’est la même chose finalement, et c’est peut-être plus proche de mes origines italiennes ! ;)
« j’essaie toujours d’offrir un cadeau qui correspond à une personnalité. sans doute les bijoux le gramme sont-ils un cadeau parfait, non ? je suis sûr de pouvoir trouver une création différente pour chaque personne ! »
quelle est la ville qui t’inspire ou te ressemble ?

ce n’est sans doute pas la réponse la plus originale, mais je dirais Paris. je me sens très bien dans cette ville. j’aime la diversité de l’architecture, j’aime la diversité des gens, j’aime l’énergie de cette ville. c’est vraiment une ville à toi, ce n’est pas une ville-musée, c’est une ville qui est d’une richesse inouïe. Paris est une ville pleine de courants artistiques divers et remplie d’une énergie débordante, avec énormément de métiers et d’univers différents.

quel est le cadeau que tu aimerais recevoir prochainement ?

j’aimerais bien que l’on m’offre de l’argenterie Hoffmann ! très belle, très élégante. Ce sont vraiment des pièces très graphiques, faites d’un jonc en argent. c’est d’une beauté pure et intemporelle, d’une simplicité rare.

et quel cadeau offres-tu à quelqu’un que tu aimes ?

je crois qu’il n’y a pas de recette dans les cadeaux. j’essaie toujours d’offrir un cadeau qui correspond à une personnalité. sans doute les bijoux le gramme sont-ils un cadeau parfait, non ? je suis sûr de pouvoir trouver une création différente pour chaque personne !

enfin, qu’est-ce que les créations le gramme t’inspirent ?

avec les créations le gramme, il y a une forme de ligne tendue et intemporelle, qui fonctionne avec tous les contextes, tant un mode de vie très smart que décontracté ! je trouve qu’il y a une écriture assez universelle et en même temps contemporaine. ça fonctionne bien avec ces bijoux très expressifs. le gramme est une marque qui est ouverte en tout cas, chacun peut y trouver l’objet qui lui correspond.

et si tu devais imaginer un intérieur le gramme, comment serait-il ?

cela serait un intérieur assez poudré, probablement extrêmement absorbant, presque capitonné. je vois quelque chose qui se rapproche d’une écriture comme celle du projet Paulin à l’Élysée, très enveloppant et doux. on pourrait imaginer une forme de farandole de bijoux le gramme au milieu de cet intérieur ouaté. il n’y aurait pas de couleur, ou alors très légères, presque fades. ça serait intéressant de jouer le dialogue entre les matières froides comme le métal et des tissus plus chauds, des matières naturelles. la notion de reflets, finitions et textures y serait valorisée. et un peu comme la forme arrondie des bracelets ruban, on ne sentirait pas les arêtes dans cet intérieur.
« J’imaginerais un intérieur le gramme probablement très absorbant, presque capitonné. je vois quelque chose qui se rapproche d’une écriture comme celle du projet Paulin à l’Élysée. »
son accumulation
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