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    Il est impossible de parler de Germain sans faire écho à ma mère. Elle faisait partie du corps de ballet de l’Opéra de Paris et j’ai été élevé dans cet univers. Cette discipline qui m’inspire incarne la rigueur, l’abnégation, la persévérance et la sensibilité. J’en suis admiratif et respectueux. Pour toutes ces raisons, c’est une chance de pouvoir collaborer avec Germain qui les incarne parfaitement. Sa générosité et sa sensibilité me touchent, j’espère pouvoir continuer à compter sur sa confiance pour développer de nombreux autres projets.
    erwan le louër – co-fondateur de le gramme.

    Qu’est-ce qui te nourrit dans ton métier, quelle est la source de ton inspiration ?
    Les gens m’inspirent en premier lieu, il peut s’agir des gens qui m’entourent comme de parfaits inconnus que je croise dans la rue ou que j’observe à travers le spectacle vivant, le cinéma… L’histoire de chacun, les postures, les comportements, certains mots, des visions du monde me donnent envie d’expérimenter des choses, d’explorer d’autres aspects de ma personnalité sur scène.

    Quelles sont les personnes ou projets qui constituent des références pour toi ?
    Pina Baush constitue un monument pour moi et beaucoup d’autres bien sûr. Rares sont les spectacles qui me bouleversent autant que ceux que j’ai pu voir d’elle. Je pense aussi à Noureev qui est un pilier dans nos ballets, il influence encore et toujours notre style. Nos maîtres actuels furent ses élèves et transmettent encore sa force, sa personnalité, son originalité tel un héritage. Florence Clerc par exemple était une des danseuses étoiles avec laquelle il a souvent dansé. Quand je travaille avec elle, tout me parait plus facile car plus intelligent et plus profond ; à travers son enseignement je reçois celui de Noureev.
    Il y a également Marie-Agnès Gillot, une immense artiste qui a mis la danse au service de sa personne autant que sa personne au service de la danse. Enfin, mes amis, mes compagnons de danse du quotidien sont aussi des références. Hugot Marchand est un peu mon jumeau par nos parcours parallèles tout en étant l’un et l’autre très différents, Hannah O’Neil et Léonore Baulac sont des danseuses extraordinaires qui m’inspirent. Je danse avec elles, le mot « avec » est capital, notre complicité permet d’apporter une réponse tellement plus riche par le dialogue en mouvement que nous avons lorsque nous dansons ensemble.


    Quel compliment te touche sur ton métier ?
    C’est un compliment quasi visuel en réalité, quelque chose au-delà des mots qui est plus de l’ordre de l’état. On entrevoit cela parfois chez quelqu’un qui n’a jamais vu de spectacle de danse ou alors pas celui qu’il lui fallait. Alors quelque chose s’ouvre en la personne, une porte entre eux et nous. Comme lorsqu’on voit dans le regard de quelqu’un qu’il est enfin tombé amoureux, qu’on sait alors qu’on partage la même émotion. Le compliment sur la perfection technique d’un mouvement ou d’un enchaînement me touche mille fois moins que ce moment-là.

    La ou les villes qui t’inspire(nt) ou te ressemble(nt) ?
    Paris, qui est ma ville d’adoption, elle ne me ressemble peut-être pas mais je m’y sens chez moi. Parce que c’est un merveilleux bordel que c’est culturellement foisonnant, qu’on peut y voir quelque chose de différent chaque jour. J’adore aussi Tokyo, j’entretiens avec cette ville quelque chose de passionnel entre fascination et angoisse en raison de sa culture diamétralement opposée et toujours quasi imperméable même si j’y danse beaucoup. Et entre les deux, il y a ce petit hameau sur la colline à Givry dans ma Bourgogne natale…
    « Les gens m’inspirent en premier lieu, il peut s’agir des gens qui m’entourent comme de parfaits inconnus que je croise dans la rue ou que j’observe à travers le spectacle vivant, le cinéma… »
    Qu’est-ce que l’art de vivre selon toi ? Comment définirais-tu ta façon d’être et de vivre ?
    Je voudrais continuer à vivre comme le font les enfants. Quitte à ce qu’on me taxe d’immaturité. Ce terme n’appartient qu’à ceux qui ont cessé de vivre dans l’instant, dans une joie pure. Je suis heureux en vivant spontanément, au gré du hasard, au fil des surprises. Je n’aime pas programmer, organiser, bien que j’y sois obligé. J’aime l’idée d’avoir une après-midi libre et « advienne que pourra ». Il ne faudrait jamais refuser d ’être un peu dans la folie (à condition qu’elle respecte la folie des autres). Il y a ceux qui rêvent d’être adultes et ceux qui veulent conserver leur part d’enfance, je suis de ceux là. J’aime la candeur qui voit au-delà d’un monde codé par l’argent, la soi-disant virilité, l’image. Je prends l’immaturité comme un compliment, je m’y sens très bien et vivant.

    Comment définirais-tu ta signature créative ?
    J’aime me confronter. Je veux éviter les codes et être le plus intègre possible dans l’interprétation, le plus authentique. Quand j’interprète le prince Albrecht (Gisèle) par exemple, je vis l’histoire et ce ballet comme je les vivrai - moi Germain - en 2020 dans la rue. J’interprète évidemment des rôles dans lesquels je vis des histoires d’amours avec des femmes, je les vis de la même manière que celle avec laquelle je les vivrai avec un homme.

    Quels sont tes pas de danse, enchaînements fétiches ?
    J’aime beaucoup, les pas de pirouette, les renversés, la petite batterie… mais finalement ce que je cherche, c’est la fluidité dans la danse. Il faut voir et vivre la danse comme on lit les vers d’une poésie sans quoi on tombe dans quelque chose de redoutablement circassien.

    Ton ballet de référence ?
    J’ai toujours rêvé de danser le Boléro. Pour de nombreuses raisons. Pour avoir vu « Les uns et les autres » de Claude Lelouch quand j’étais petit, pour avoir admiré Jorge Donn, puis Nicolas Le Riche et Sylvie Guillem. Parce que c’est une transe, un croisement entre petite mort et ode à la vie, parce que c’est un rôle mixte et universel, une chorégraphie faite au-delà du genre mais pour les gens. Cette œuvre de Béjart ne vieillira jamais et mon rêve de la danser depuis l’enfance non plus !

    Ton plus gros challenge réalisé ?
    Un autre avantage de mon envie rester enfant, c’est que les enfants foncent tête baissée en toute confiance, pour se rendre compte ensuite qu’ils ont réalisé un défi. C’était pour la version classique de Roméo et Juliette de Noureev. Ce ballet est incroyablement difficile avec pratiquement plus de pas que de notes de musique. L’épuisement y devient transcendantal, il sert à exprimer l’amour de Roméo pour Juliette, sa colère, il sert sa mort. L’épuisement a cette capacité à te mettre sur le fil, à te faire vivre cette lutte impitoyable de deux personnes qui en seulement trois jours s’aiment puis meurent. J’aime cette vision épuisante et finalement réaliste de l’amour, loin du côté romantique et fleur-bleue.

    Ton rituel dans ton métier ?
    J’ai l’habitude de ne pas créer d’habitude, je fuis les rituels qui constituent des petites choses qui attachent au lieu de libérer, cela revient à créer une addiction. Je m’attache donc à procéder un peu différemment chaque soir, pour me renouveler, trouver de nouvelles pistes, ne jamais me complaire.
    « Je voudrais continuer à vivre comme le font les enfants. Quitte à ce qu’on me taxe d’immaturité. Ce terme n’appartient qu’à ceux qui ont cessé de vivre dans l’instant, dans une joie pure. »
    Le type de danse qui t’énerve ?
    La danse prétentieuse ou celle de divertissement simplement belle et qui ne dérangera personne. Quand le chorégraphe pense que le mouvement qu’il produit se suffit à lui-même. On obtient alors une danse de forme uniquement et l’absence total de propos à l’inverse d’un Cunningham par exemple. Son propos est tellement intelligent et intelligible dans l’abstraction, et c’est de cette abstraction que nait une émotion toujours aléatoire.

    Si tu n’étais pas danseur, quel métier ferais-tu ?
    Ministre de la culture.

    Un endroit de prédilection où te trouver habituellement ?
    Je suis à l’Opéra, presque chaque jour, que j’y travaille ou non, c’est ma deuxième maison. Sinon on peut me trouver au théâtre, côté public cette fois-ci.

    Ton objet fétiche ? Combien pèse-t-il ?
    Je pense d’abord à mes lunettes de vue. J’aime cet objet qui est une extension de moi-même. Mais je préfère finalement le dessin d’un bouquet de carottes en étoile de Fabrice Hyper que m’a offert mon amoureux pour mon anniversaire.

    Ce qui a du poids dans ta vie ?
    Ceux que j’aime, le rapport que j’ai avec eux : mon amoureux, ma famille et mes amis. C’est eux qui me définissent, ils sont le socle sur lequel je peux me reposer, ceux qui font que même sans être en leur compagnie je ne suis jamais seul.

    Ton/tes objets LE GRAMME, quel est/sont-il ? Comment les portes/utilises tu ?
    J’ai officiellement trois bracelets : un jonc et deux rubans 15g en argent 925. J’y ajoute souvent le ruban 21g en argent poli que j’ai offert à mon chéri, c’est d’ailleurs ainsi que j’ai découvert la marque. Je les porte en accumulation et en inversé.

    Si LE GRAMME était un ballet, lequel serait-il ?
    Sans hésiter le ballet de Anne Theresa de Keersmaeker : Rain. Un ballet sans coulisse ni fond, le décor est fait avec les murs du cadre de scène, le seul élément de décor est un arc de cercle de cordes qui descendent depuis le plafond et qui est bousculé par les danseurs. Les figures sont géométriques, ce ballet est finalement minéral, mathématique, spontané et non genré.
    « mon amoureux, ma famille et mes amis. C’est eux qui me définissent, ils sont le socle sur lequel je peux me reposer.»
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